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réflexions
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réflexions
La fille d’un chef | Matthieu 9, 18-19 et 23-26
18 Comme il leur disait ces choses, voici un chef qui vient, il se prosterne devant lui en disant : « Ma fille, à l’instant, a péri. Mais viens, impose ta main sur elle, et elle vivra ! » 19 Jésus se lève et le suit ; ses disciples aussi…
23 Jésus vient à la maison du chef. Il voit les joueurs de flûte et la foule tumultueuse. 24 Il dit : « Retirez-vous. Car elle n’est pas morte, la jeune fille, mais elle dort. » Ils ricanaient contre lui. 25 Et quand la foule est jetée dehors, il entre, saisit sa main, et la jeune fille se réveille. 26 La rumeur en sort dans toute cette terre-là.
Traduction utilisée pour l’analyse
La Bible des peuples
Traduite par Bernard et Louis HURAULT
Fayard, Madrid, 1998.
RÉFLEXION
Tout le chapitre 9 de Matthieu, nous le retrouvons presque entièrement chez Marc et chez Luc, mais ces deux autres récits synoptiques diffèrent par la plus grande longueur de leur récit. Alors que Matthieu coupe tout ce qui n’est pas nécessaire au but qu’il poursuit, Luc, lui, rajoute toutes sortes de détails qui nous font voir sa grande délicatesse. Pour Matthieu le seul petit bout de phrase qu’il rajoute, lui, nous indique clairement le centre névralgique du chapitre autour duquel tout est construit. Ce tout petit passage est celui-ci : « Allez apprendre ce qu’est : Miséricorde je veux, et non sacrifice ! ». Et selon son habitude, toutefois sans, cette fois, nommer le prophète qu’il cite, Matthieu s’inspire de textes anciens que, lui, le scribe connaît bien. Ici, il s’agit d’Osée 6, 6 qui nous parle de « l’amour qui plaît à Dieu. »
Quand le Jésus de Matthieu dit : « Allez apprendre » il s’adresse aux gens qui mangent avec lui dont certains qui ont été ou sont encore de la pensée de Jean-Baptiste et qui lui demandent des explications sur ses façons de faire. Il s’adresse aussi aux pharisiens qui, eux, tentent d’ébranler les disciples en herbe qui tournent autour de Jésus. Mais c’est principalement à ces disciples en herbe que Jésus s’adresse.
Et c’est pourquoi Matthieu a éliminé les foules de Marc (5, 21.24) et de Luc (8, 40.42) parce que son chapitre visera d’abord et avant tout la préparation de ces nouveaux disciples (v19.37) pour qu’ils deviennent les « ouvriers » de la « moisson » abondante (v37-38).
Et « comme il leur disait ces choses » v18 voici qu’une situation providentielle se produit qui va permettre à ces disciples d’aller voir « ces choses » qui sont la volonté de Dieu. Un chef débarque au mi-leu de la « racaille ». Matthieu a aussi éliminé les détails personnels sur ce chef qui vient à lui. Pas besoin de savoir son nom, ni le cadre où il exerce son autorité, ce qui est important, c’est cette catégorie générale d’êtres qu’on a de la difficulté à blairer parce qu’ils nous ont oubliés, trompés, arnaqués et qui de plus nous méprisent et nous jugent sévèrement. Ils ont mauvaise réputation et on ne veut surtout pas cohabiter avec eux. Ils sont d’une autre classe, d’un autre milieu à éviter. Le chef, lui, se fout de ce que les gens pensent, sa fille est précieuse et il est prêt à tout.
CONTEXTE AVANT
Pour le Jésus de Matthieu il y a non seulement le paralytique physique à guérir, mais aussi tous les paralysés par des normes, des règles, des habitudes ancrées. Pour le Jésus de Matthieu il y a non seulement le paralytique qui a besoin de se faire pardonner ses péchés, mais aussi tous les paralysés-pécheurs rendus immobiles et improductifs par des prescriptions de toutes sortes. Tous ces interdits excluent et empêchent. Non seulement les publicains v9 et les pécheurs v13 sont exclus par de faux préceptes qui défigurent la volonté de Dieu, mais aussi ces fausses restrictions interdisent la joie et la fête et font passer Dieu pour un rabat-joie.
UN COMMENT « ÊTRE AVEC » AMÉLIORÉ
MÊME LES PUBLICAINS ET LES PÉCHEURS
Jésus brise d’abord cette manière de faire en invitant d’abord Matthieu, le taxateur, à le suivre et de plus avec lui les gens de son niveau (autres publicains et pécheurs). Jésus mange, boit et fête et se réjouit avec eux. Jésus actif vient de mettre la table et il crée une mise en situation qui déclenche une polémique. Ça ne tarde pas puisqu’immédiatement les pharisiens réagissent et tentent de créer la division en soulignant aux disciples de Jésus les drôles de convives auxquels leur maître s’associe. Puis les disciples de Jean aussi font de l’ombrage à la fête de l’arrivée de Matthieu au sein du groupe en manifestant que ce n’est pas comme ça que Jean ferait. Lui, il jeûnerait. Jésus leur annonce que les ouvriers de la moisson seront des « outres neuves » et porteront un « vin nouveau ». Rien à voir avec les anciennes manières de penser ou de faire, d’interdire et d’exclure. Abandonnez l’atmosphère empoisonnée des sacrifices sans miséricorde, sans joie et sans fête. Adoptez la miséricorde de Dieu pour qui les publicains et les pécheurs sont aussi ses enfants et qui invite à réaliser que tous les êtres sont de la même famille humaine et par conséquent tous des frères.
MÊME LES CHEFS
Comme Jésus est fidèle à ses recommandations : « Allez apprendre ce qu’est : miséricorde je veux, et non sacrifice ! » il se laisse lui-même interpeller par un chef et il « va apprendre », il ne s’en doute pas, « ce qu’est aussi et encore plus : miséricorde je veux ». Surprise ! Non seulement le monde ordinaire, comme les publicains et les pécheurs doivent être accueillis, mais aussi les chefs de la classe supérieure qui nous trompent, nous arnaquent, nous oublient, nous délaissent. Dieu dans sa miséricorde n’exclut personne. Il ne se cantonne pas seulement chez les derniers de la société, il s’inquiète aussi des premiers.
MÊME LES FEMMES
Surprise à nouveau ! car ce n’est pas fini, ça va encore plus loin. Cette miséricorde que veut Dieu doit ouvrir vers … et accueillir non seulement les êtres masculins, mais aussi les êtres féminins. Il y a tellement d’interdits en ce qui concerne les rapports entre les êtres masculins et les êtres féminins ! Il y a tant de murs à faire tomber et de ponts à construire. Le chef après avoir agi diplomatiquement en se prosternant devant Jésus revient à ses réflexes de chef et commande à Jésus de venir « imposer la main » à sa fille. Jésus aurait pu s’offusquer d’être ainsi commander, mais il obéit docilement et providentiellement il va « apprendre ce qu’est : miséricorde je veux ». La miséricorde de Dieu est autant pour ses êtres féminins que pour ses êtres masculins.
MÊME LES JEUNES
Deux fois Matthieu emploie le qualificatif « la jeune » associé à fille. La miséricorde de Dieu est autant pour les jeunes que pour les adultes. Les jeunes seraient-ils mis de côté comme quantité négligeable ? Seraient-ils oubliés, tassés, ignorés au registre des décisions qui les concernent ?
LA JEUNE FILLE DU CHEF
La jeune fille que Jésus va rencontrer est brisée ; elle est dans un véritable coma psychologique qui la fait passer pour morte. Ce qu’elle voit dans sa réalité de tous les jours ne lui plaît pas du tout. Elle a peut-être un caractère de chef comme son père, mais ne peut aller jusqu’au bout d’elle-même. Elle réagit violemment à la soumission qu’on exige d’elle. Elle étouffe et veut obéir plutôt à ses profondeurs d’être humain sans tous ces interdits que les êtres masculins, mauvais chefs, imposent aux êtres féminins. Il y a chez elle plus qu’une simple crise d’adolescence. D’ailleurs, contrairement à Marc et à Luc qui disent qu’elle a 12 ans, à aucun moment, Matthieu ne dit son âge. Plus encore Marc fait dire à Jaïre « ma petite fille » (5, 23). Pour Matthieu ce qualificatif pour caractériser son enfant, est enlevé, c’est une jeune fille tout court v24.25 et elle subit tous ces interdits imposés aux êtres féminins. Dans un tel cadre pour elle et pour tous les êtres féminins aux mêmes aspirations qu’elle, il n’y a pas à l’horizon l’espoir d’un futur intéressant. Elle a abandonné et s’est laissée aller à ce coma. Heureusement elle en sortira, car Jésus fera tomber ces murs qui la tuent.
Non seulement Jésus « se lève » v19, mais il s’élève aussi. Non seulement il enseigne, mais il pratique et va jusqu’au bout de ses recommandations. Il passe d’assis à debout, d’inactif à actif. Il va délaisser une ancienne manière de faire, excluant celle-ci pour adopter une nouvelle manière de faire, incluant celle-là. Il montre l’exemple et va « apprendre » à l’école de Dieu qui, Lui, providentielle met sur route de Jésus des exemples d’ouvertures à intégrer. Jésus ne reste pas assis sur des préjugés et des jugements excluant de son temps, il se lève et va plus loin dans l’amour voulu par Dieu.
D’abord il entre chez elle . Marc (5, 40) et Luc (8, 51) soulignaient que Jésus entrait avec la famille et avec ses disciples, pour Matthieu aucune mention d’accompagnement. Pour Dieu la miséricorde à laquelle il appelle ouvre à une manière nouvelle qui ne s’encombre pas d’interdits dans les rapports entre êtres masculins et féminins. Il entre non seulement dans la maison de la jeune fille, mais aussi dans sa demeure intérieure où n’entre plus le soleil de l’espérance d’un avenir à son goût personnel.
Le chef a précisé que sa fille a péri. Son enfant est une fille et par conséquent le chef avait commandé à Jésus d’imposer sa main dans un geste solennel, à distance et sans contact physique, mais Jésus brise un autre interdit, simplement sans solennité il saisit sa main. Pour Dieu la miséricorde à laquelle il appelle ne voit pas de mal à toucher l’être humain de sexe différent. Jésus ne « touche » pas simplement la main de la jeune fille, comme il l’a fait pour la belle-mère de Pierre en 8, 14-15, non il saisit fermement sa main. De plus non seulement il lui saisit la main, mais aussi il laisse passer un courant qui va la survolter, qui va lui indiquer qu’elle peut se ressaisir, car l’horizon s’ouvre plein d’espérance pour les êtres féminins. Pour Dieu la miséricorde à laquelle il appelle veut la liberté pour tous ses enfants, féminins autant que masculins. Autrefois la jeune fille était paralysée par l’autorité masculine. Aujourd’hui Jésus donne sens à sa vie en lui offrant de se ressaisir, d’être elle-même responsable de sa vie même si pour cela elle doit s’opposer et lutter pour construire sa vie à sa manière.
CONTEXTE APRÈS
Immédiatement après cette ouverture au nouveau miséricordieux de Dieu, Jésus non seulement guérit deux aveugles, mais aussi laisse soupçonner qu’il veut que ses disciples, qu’il se prépare à envoyer comme ouvriers à la moisson au chapitre suivant, sortent également de leur aveuglement face à la volonté miséricordieuse de Dieu qui inclut au lieu d’exclure.
Puis non seulement il guérit un muet, mais on devine aussi qu’il invite ses disciples à ne pas être muets, mais de parler de cette ouverture miséricordieuse de Dieu envers les publicains, les pécheurs, les chefs et même les femmes. Finie l’exclusion des femmes et finies toutes ces restrictions qui leur sont imposées ou qu’on impose aux êtres masculins dans leurs manières d’être avec elles.
« La rumeur en sort dans toute cette terre-là. » v26 Non seulement on se remémore la remise sur pieds de la jeune fille du chef, mais aussi on murmure les aspirations de Dieu à travers Jésus pour une ouverture miséricordieuse à toutes catégories d’êtres et surtout pour une manière nouvelle et rafraîchissante d’être avec les femmes. Mais Jésus pour ses disciples ne veut pas qu’ils se contentent de murmurer cette volonté divine, mais qu’ils cessent d’être muets et d’éviter le sujet, mais se fassent un devoir d’en faire la promotion.
Pour le chef, sa fille était si précieuse qu’il a fait la démarche de venir se prosterner devant Jésus et d’exiger son intervention. Saura-t-il maintenant voir l’importance d’adopter les vues de Dieu sur l’ouverture à accorder aux femmes qu’on emprisonne dans des directives déshumanisantes, directives qu’on fait passer comme si c’était sa volonté ? Va-t-il risquer de tuer à nouveau sa fille par ses exigences ou aura-t-il le courage d’instaurer un espace de vie en reconnaissant la liberté d’être de sa fille selon ses profondeurs personnelles.
Micho Lemieux | bibliste
Atelier biblique des 3B de la fondation La Présence
mercredi 17 août 2016
POÉSIE
Par ta demande,
tu as choisi ta fille.
Tu as choisi l'amour.
Elle, a son tour,
Cherche sa place
Chez les vivants.
Dans ta maison
Elle veut grandir.
Lui la relève
et il te dit
son nouveau nom
Liberté.
Vandière
arts visuels
« L’AUJOURD’HUI »